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No power in the verse can stop us

RPGers 2010 : Un patchwork de l’actualité rolistique

Par Eilléa Femelle

Rubrique : Reportages
Date : 06 septembre 2010

Du vendredi 20 au dimanche 22 août 2010, s’est tenue à Plaisance du Gers la convention RPGers. Un événement clé dans la riche vie rolistique du Sud Ouest. Participants depuis la première édition et amis de certains organisateurs, nous avons craint de manquer d’objectivité dans le récit de cette édition exceptionnelle ayant mobilisé non moins de 1500 joueurs sur trois jours. Une alternative a donc été soumise au Grog : proposer un système d’interview afin, au-delà de la convention elle-même, de proposer un patchwork de la vie rolistique en cette année 2010.

Dix différents acteurs, des orgas aux tenanciers de stand en passant par un MJ et une joueuse, ont donc répondu chacun à une question tout au long des trois jours, afin de vous permettre de découvrir RPGers 2010 à travers leurs regards, ainsi que l’actualité rolistique en ressortant.

Pablo Jabouille, organisateur. "En ce début de convention, en tant qu’orga, peux-tu nous présenter la convention RPGers et ses nouveautés 2010 ?"

Je suis orga depuis la seconde édition (1999), donc déjà onze ans.

Il y a cinq activités de jeux réparties entre salle et extérieur : le jeu de rôle, les figurines, les jeux de société, les jeux informatiques et les jeux de carte, pour offrir à tout le monde différents jeux. Depuis le début, on a essayé de tout mélanger, même si les joueurs n’ont pas forcément l’habitude de jouer ensemble. On arrive à regrouper tout ce monde-là. On essaie aussi d’attirer les non-joueurs pour leur montrer ce qu’on fait, même si ce n’est pas toujours simple (on ne peut pas se monter comme ça une armée de Warhammer 40 000…), c’est plus facile sur les jeux de société.

La première année, en milieu rural et hétéroclite, nous avons déjà été une grosse cinquantaine, ce qui était déjà pour nous faramineux. On n’a quasiment pas arrêté d’augmenter jusqu’à l’année dernière où nous étions 1 200 sur les trois jours, soit 300 personnes par jour à gérer, ce qui est énorme pour une commune comme Plaisance du Gers. On ne vit ni à Toulouse, ni à Paris.

Les nouveautés cette année ? Une librairie BD complète en plus du coin lecture habituel. On vend des crêpes pour diversifier la buvette. On fait des efforts sur la déco de la salle. La partie extérieure a encore été agrandie, comme depuis 3-4 ans, pour avoir une visibilité sur l’extérieur. On a plus d’éditeurs et d’auteurs en JDR que précédemment (six cette année).

Nicolas Chevalier, Président de l’association de la Seigneurie des 3 Rivières. "Vous êtes venus nombreux de l’association de la S3R, y compris avec de jeunes rolistes. Comment arrivez-vous à présenter le JDR aux plus jeunes, et pourquoi avoir choisi la convention RPGers ?"

A nos yeux, dans notre engagement associatif, c’est plus qu’une nécessité de présenter le JDR aux jeunes car c’est devenu notre objet associatif dans la modification de nos statuts il y a déjà 4 ans, en précisant que notre but n’était plus de pratiquer le JDR uniquement, mais de promouvoir cette activité.

Le premier élément mis en place a été de planifier une ouverture systématique le samedi après-midi dans les locaux de notre association, avec en général deux tables de jeu planifiées chaque mois parce que, pour avoir des jeunes dans une association, il faut que les parents adhèrent au projet. Nous proposons des tables avec des joueurs de 12 à 40 ans, avec un réel échange. Tous passionnés et pratiquants de JDR, on arrive à se mobiliser. La première difficulté rencontrée a été de trouver les deux ou trois premiers adhérents, après, ça s’est fait tout seul, par le bouche à oreille de l’activité et la régularité. Nos deux premiers nouveaux jeunes membres sont arrivés il y a quatre ans. Depuis, nous avons une vingtaine d’adolescents.

Lorsqu’on a organisé notre convention en avril pour nos vingt ans, les jeunes sont venus et ont trouvé ça fantastique. On a donc souhaité les emmener ailleurs voir ce qui se fait. RPGers étant l’été, c’est plus facile pour les parents de confier les cinq jeunes pendant les vacances scolaires. L’association de la Lune Noire est amie depuis des années, ça paraissait donc un choix logique. Pour les parents, cette convention est à une heure de chez nous, ce qui permet de les rassurer en cas de problème. On est dix adultes, donc on veille tout en leur permettant de profiter de l’événement. Tout ceci nous pousse à avoir une activité forte chez nous, tout autant que de participer à quelques événements rolistiques, afin de pratiquer le JDR. La passion est communicative, surtout dans le partage.

Arnaud Cuidet, auteur de Metal Adventures. "Tu es venu présenter ton jeu de rôle Metal Adventures à RPGers. Peux-tu nous parler un peu de cette activité et de sa présentation à RPGers ?"

Metal Adventures est un jeu de rôle de space opera où l’on joue des pirates de l’espace. Ca se passe dans une galaxie décadente et violente. Les personnages doivent s’entraider et faire preuve d’héroïsme pour survivre.

Comme tous les trimestres, on sort un supplément Metal Adventures à la rentrée, « Le roi et le peuple ». Il parlera de l’Empire de Sol et des intrigues politiques. On en a déjà prévu trois autres pour l’année prochaine. Autre actualité : on sera au Monde du Jeu.

La convention se passe super bien. Je suis arrivé vendredi matin, à 14H toutes les tables étaient pleines, mon stand a été dévalisé et j’ai joué avec des joueurs sympas. Ce qui fait plaisir, c’est qu’après un an de parution les gens connaissent le jeu, viennent me voir pour me dire qu’ils l’apprécient. J’ai pu croiser des gens que je ne connaissais que sur le groupe Facebook ou le forum, donc ça fait plaisir. Et autre chose qui m’a fait plaisir : Fabien de RPGers a confirmé que le JDR n’est pas mort du tout, il est encore très dynamique. La preuve ? Quinze tables de JDR pleines sur trois jours non stop !

Tibéon, illustrateur, et Fabien Dannepond, rédacteur en chef et président de l’association du Souffre Jour. "Vous venez présenter le fanzine Souffre Jour sur RPGers. Pouvez-vous nous en dire quelques mots, et comment se passe cette convention ?"

Le fanzine est dédié au JDR Agone, inspiré des romans de Matthieu Gaborit « Les Chroniques Crépusculaires », dont le personnage principal s’appelle Agone, jeu de Matthieu Gaborit et Stéphane Marsan édité de 1999 à 2003 par Multisim.

En 2003, des auteurs de la gamme et des fans se sont réunis pour faire perdurer le jeu. Depuis, nous avons fait six numéros. Le n°2 a été récompensé en 2004 au Monde du Jeu par le Prix du Fanzine. Le fanzine est considéré comme un supplément par les joueurs, chacun suivant une thématique. Le Cryptogramme-magicien, n°5, est sorti il y a deux ans et est déjà épuisé. Le n°6, La Perfidie, est actuellement en vente. Depuis le n°5, Matthieu Gaborit participe par une bafouille à chaque numéro, après que nous l’ayons rencontré aux Chimériades en 2007, peu avant la sortie du Cryptogramme-magicien, où nous étions une dizaine. Julien Delval, illustrateur de la gamme initiale, a été rencontré à Carcassonne et nous soutient. De belles rencontres, Matthieu Gaborit nous ayant ensuite accompagnés aux Chimériades, à Carcassonne et à Ludicité.

RPGers nous a invités suite aux Griffons à Bordeaux. La convention se passe bien, malgré une salle non climatisée et une nourriture un peu frugale, avec une organisation très bien et un esprit familial, ainsi que beaucoup d’activités, et des occasions de contact et de rencontres, malgré un espace éditeur un peu light. Actuellement, rien n’est officiel, mais nous travaillons sur un projet de suite d’Agone.

Christophe Lefranc, gérant de Figurine Passion à Tarbes. "Tu viens depuis plusieurs années avec tout un stand à RPGers. Pourquoi choisir cette convention, et peux-tu nous parler un peu des effets de la crise sur le milieu rolistique et les boutiques ?"

Pourquoi RPGers ? Par amitié, point à la ligne. Je connais Fabien, Pablo et Sylvie depuis très longtemps, peut-être quinze ans. Ils faisaient partie d’une association amie de la mienne avant que j’aie le magasin. C’est comme ça qu’on a commencé à participer à RPGers en tant que bénévoles. Quand le magasin s’est monté, je suis venu avec. Ca se passe toujours bien. Pour ce qui est des bénéfices stricts de la convention, ça a baissé petit à petit chaque année, jusqu’à l’an dernier où j’ai fait mon plus mauvais chiffre. Ca s’est répercuté en convention, mais aussi localement en magasin. Le travail que nécessite une convention n’est peut-être pas rentable, mais je le fais par amitié. Et ça me permet de participer à la convention, ça fait toujours plaisir de retrouver des têtes connues.

Cette année, je ferai plus que l’année dernière certainement. Au magasin, petit à petit, ça remonte. Ce n’est pas les grands jours comme on a pu connaître il y a huit ans quand j’ai commencé, mais on voit une remontée. Légère, mais qui est présente. D’ailleurs, je change de local. D’une location, je passe à l’achat (13 rue Gaston Dreyt, 65000 Tarbes, 05.62.90.04.63). Ca fait huit ans que je suis installé. La crise, on en souffre, mais on l’absorbe.

Thierry Rouillard et Thierry De Frédy, figurinistes décorateurs. "Vous faites des démonstrations de création de décor. Pouvez-vous nous parler un peu de cette activité et de sa présentation à RPGers ?"

Pourquoi les décors ? Parce que les tables de jeux sont généralement moins belles que les figurines qui sont dessus. Pour améliorer l’ensemble, on peut fabriquer des décors avec des techniques très simples, accessibles à tous, et du matériel de récup’ principalement, pour un budget limité (du carton au papier peint, aux chutes de bois, vieux jouets cassés, bâtons de sucette, d’esquimau ou du matériel trouvé en vide grenier). La seule difficulté du décor est la patience. Une maison écroulée demande autant de temps et de réflexion qu’une maison entière. On apprend à observer l’environnement pour reproduire avec réalisme, ce qui se distingue de la figurine. Il y a des échanges d’idées et de techniques en convention.

Pourquoi RPGers ? [Thierry R.] Parce que j’y vais en vacances, saisissant ainsi l’occasion de faire du jeu l’été. [Thierry D.F.] RPGers n’a pas à rougir du niveau des conventions parisiennes tant pour l’organisation que pour les tables. La convention accueille tous les projets, même un atelier décor. On s’en est fait un RV car on est bien accueillis et on nous facilite les choses pour présenter notre activité décors.

Jérôme Marié (Lunch) et Angélique Marié (Badelel), du jeu Arkhan. "Vous venez avec le projet Arkhan, pouvez-vous nous en dire quelques mots, et pourquoi le présenter à RPGers ?"

Le projet date de l’été 2007. La conception a pris plus d’un an : le 3 mai 2009 a eu lieu l’ouverture officielle. Depuis, on essaie de faire un peu de publicité autour du jeu pour peupler le monde et le rendre plus vivant.

C’est un jeu en ligne alternatif en PHP asynchrone. On a voulu faire un jeu qui réponde à nos attentes de joueurs, qu’on ne trouvait pas sur le net : un jeu où l’on peut venir tous les jours sans devenir addictif, même en passant juste cinq minutes. Le jeu fonctionne avec des points d’action pour en réaliser, qui sont regagnés 1/H, donc il est possible de tout dépenser d’un coup ou plus lentement au fil d’une journée au compte goutte. L’univers est médiéval fantastique post-apo, et se situe cinq cents ans après le Grand Fléau, une apocalypse due à un trop plein de magie et de technologie. Le but est de redécouvrir le passé, en parallèle d’une histoire en trame. Il fallait que le jeu se rapproche du JDR sur table pour le role play, notamment au niveau du forum, tant pour le RP entre joueurs qu’avec le MJ en plus confidentiel. Le RP n’est cependant pas obligatoire pour un joueur qui ne l’apprécie pas.

Nous sommes venus à RPGers pour la promotion du jeu, et ne pas se limiter à la création et à la vie dessus, mais aussi y apporter de nouveaux joueurs, ainsi que pour profiter de cette convention où l’on sait que diverses populations sont brassées. Et se faire plaisir, tout simplement.

Luna, Maître du Jeu. "Tu masterises à un certain nombre de jeux. Peux-tu nous parler de ceux que tu proposes actuellement à RPGers 2010 ?"

Je propose du bon vieux classique du genre qui ne se démode pas et trouve toujours son public, comme Cthulhu et Delta Green. Le tentacule, ça attire toujours son public, c’est pour ça que je le propose. L’effroi et l’horreur créent de l’adrénaline, j’imagine que c’est pour ça que les gens aiment. Mais je ne maitrise pas que ça.

Je profite aussi de la convention pour proposer des jeux que j’ai conçus comme Paradoxe, qui est une adaptation de différents jeux contemporains, et permet de faire jouer des êtres banals confrontés à des situations surréalistes. Des références majeures m’ont permis de créer ce jeu, comme Maléfices, Vermine, Unknown Armies et Cthulhu Gameshow pour le système, afin de pouvoir faire jouer rapidement avec des règles light et simples toutes sortes d’idées qui peuvent me passer par la tête.

Yuukaï se joue dans le Japon contemporain et permet de vivre des aventures épiques et surnaturelles. Ce jeu me tient beaucoup à cœur car je le peaufine depuis cinq ans. Je propose de jouer des êtres qui subitement se transforment en développant un pouvoir, qui les dénature et les font changer. Cette adaptation donne l’ampleur du personnage et de son jeu, créant des handicaps, le tout au milieu d’êtres de pouvoirs quasi divins qui se livrent leurs propres combats. Le personnage se construit tout au long de la campagne. L’évolution karmique du personnage est aussi une évolution du joueur sur le jeu, afin d’approfondir le role play et que le jeu oblige les gens à faire évoluer leur vision même du JDR, même si j’ai conscience que c’est ambitieux.

Je permets aux gens de créer leur propre univers. C’est pour ça que j’essaie de le faire connaître en convention comme RPGers, rencontre rolistique où il y a beaucoup de personnes, donc le lieu idéal pour faire jouer les jeux qui me tiennent à cœur.

Nathalie Zema, joueuse. "Tu es venue à RPGers en tant que joueuse. Peux-tu nous dire un peu quels jeux ont été joués, lesquels tu as choisis et comment ça s’est passé ?"

J’ai joué à Metal Avdentures présenté par l’auteur. J’ai joué ensuite à une improvisation de l’un des orgas de RPGers suite à une annulation de Te Deum. Et enfin, j’ai eu la chance de faire un double table d’un jeu pas encore sorti, Manga no Densetsu, ce qui est plutôt rare en convention, mené par l’un des auteurs. Il s’est joué beaucoup de classiques, du med fan, et quelques créations persos comme du Perry Rhodan et du Yuukaï, qui sont des créations personnelles de jeunes de Bordeaux.

RPGers a un petit côté joyeuse pagaille qui en fait une des conventions les plus sympas auxquelles je participe chaque année. En plus, si on n’a pas de partie, c’est l’une des rares conventions qui propose des alternatives avec du ciné et des concerts. Et jouer en extérieur, c’est une des raisons qui me fait venir chaque année.

Fabien Garnier, organisateur. "En cette fin de convention, peux-tu nous dresser un petit bilan d’RPGers 2010 ?"

De grandes surprises, la première étant l’élan de solidarité des assos du grand Sud Ouest, qui sont venues pour la plupart avec deux fois plus de membres que les années précédentes, allant jusqu’à faire douter les orgas sur leur capacité à amuser tout ce public. Sans parler du rôle joué par les éditeurs et auteurs, dont Eilléa Ticemon et Arnaud Cuidet.

Au final, l’édition 2010 a comptabilisé 80 tables de JDR au total, pour 1 500 visiteurs sur trois jours, soit environ 300 de plus que l’an dernier. On est tous très contents de cette édition, même si elle pose le problème de la taille pour accueillir tout ce monde. Cela nous ouvre des perspectives pour 2011, car nous souhaitons pouvoir toujours héberger nos joueurs s’ils le souhaitent, gratuitement si possible, mais nous avons de plus en plus besoin du dortoir comme espace de jeu face à l’affluence de tant de participants et à l’ambition compréhensible des éditeurs et auteurs qui souhaitent un espace plus grand.

Ce qui est rassurant, c’est qu’après douze années de construction de notre festival, nous avons toujours l’impression que chaque joueur est le meilleur de nos amis. Et chaque année prouve que ce n’est pas près de changer.